Effondrements : le monde se tourne vers Hambourg

 

C’est un paysage d’apocalypse qui s’étend devant nos yeux. À mesure que nous remontons les rues du centre historique d’Hambourg (Allemagne), la riche métropole n’en finit plus d’apparaître fatiguée, comme éreintée par l’obscur phénomène qui la frappe depuis quelques semaines. La désolation est partout, rampante. Elle s’étend telle une maladie contagieuse, semble frapper à l’aveugle, plongeant les habitants dans l’angoisse.

Il y a quelques semaines, un premier bâtiment s’était effondré — ou plutôt effrité — d’une façon qui avait laissé plus d’un expert perplexe. D’aucuns s’étaient alors empressés de relier la transformation de l’édifice historique (il s’agissait de la première bibliothèque municipale, depuis réaménagée en un bien triste fast-food) en un tas de poussière rosée aux terrifiants évènements qui secouent notre planète depuis maintenant plus de deux mois : morts apparentes des arbres, puis des végétaux dans leur ensemble, mystérieuse apparition près de centrales nucléaires, tremblements de terre, etc. Un symptôme de plus, s’il fallait les en croire, d’une lente déréliction qui frappe notre globe dans un but nébuleux. Force est de constater que ces prophètes de malheur avaient sans doute raison. L’infection s’étend.

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Photo: Rodrigo Soldon

 

Plusieurs immeubles de la ville se sont effondrés ces derniers jours. Le dernier en date, un immense centre commercial près de la promenade, n’a tenu qu’une dizaine de minutes avant de disparaître en poussière, un temps néanmoins précieux qui a permis l’évacuation du bâtiment. Un par un, les édifices les plus modernes disparaissent. Les constructions plus anciennes semblent mettre davantage de temps à se désagréger, comme si la vieille pierre possédait en elle une ressource lui permettait de subsister un peu plus longtemps, mais finissent néanmoins par céder. Quelquefois les maisons mettent plusieurs jours à s’effriter complètement, d’autres fois s’évanouissent le temps d’un battement de paupière. Certains ressemblent à ces châteaux de sable abandonnés que le vent érode sur les plages. Les vents qui battent les rives de l’Elbe ne font qu’accélérer le processus.

Les experts n’ont plus d’expert que le nom. Les quelques architectes que nous avons pu rencontrer se contentent de hausser les épaules, le regard dans le vague. Le maire de la ville ne répond plus aux sollicitations des journalistes. Les commerçants n’osent plus lever leur rideau de fer, de peur d’ébranler des bâtiments fragilisés. Beaucoup de familles, notamment celles qui vivent dans les étages, ont déjà quitté la ville. L’exode est là, la cité se vide. Beaucoup de sans-logis rentrent dans leurs familles, certains prennent le train pour Berlin. La gare ne désemplit pas. L’aéroport, lui, est depuis longtemps parti en poussière.

Le chancelière allemande s’est rendu sur place mercredi et a tenu à assurer la population que tout serait mis en œuvre pour enrayer la destruction d’Hambourg et aider les habitants frappés par le désastre à se reloger. Le président français, lui, a exprimé toute sa solidarité dans un communiqué de presse et se rendra à Berlin la semaine prochaine pour un déjeuner de travail. L’armée allemande, pendant ce temps, travaille au déblayage des zones sinistrées.

À ce rythme, la ville aura totalement disparu d’ici quelques semaines.