Fukushima : un miracle ?

 

Les évènements scientifiques sans queue ni tête se suivent et se ressemblent : les autorités japonaises viennent de confirmer que l’incident survenu à la centrale nucléaire de Fukushima (福島第一原子力発電所事故) à la suite d’un séisme et d’un tsunami en 2011 — entraînant la fusion partielle de trois réacteurs et la dévastation d’une région tout entière — avait été résolu comme par miracle en l’espace d’une nuit, la veille de Noël. Avec le flegme qui les caractérise, les responsables de la sûreté nucléaire ont tenu une conférence de presse au cours de laquelle ils ont présenté les résultats des dernières mesures de radioactivité — quasi nulles désormais — ainsi qu’une poignée de photos tirées des caméras de surveillance du site. Les combustibles présents dans la piscine du réacteur 3 ont été neutralisés. Les eaux contaminées ont été nettoyées. Les sols, les nappes phréatiques, les plages, ont été débarrassés de leur rayonnement mortel en l’espace de quelques heures. On pourrait se réjouir, dans une période si troublée, qu’une bonne nouvelle survienne… mais le bizarre refait surface, suscitant l’inquiétude.

 
fukushima

Thierry Ehrmann (CC-BY)

 

Car les employés de TEPCO en charge de la réhabilitation du site évoquent l’intervention d’une divinité tutélaire de la région, l’un de ces sempiternels kamis ou yokais dont la mythologie japonaise est truffée, pour expliquer le nettoyage du site. Cela prêterait bien entendu à sourire si les conséquences n’étaient pas si extraordinaires : de Kyoto à Tokyo en passant par Osaka et Hiroshima, des manifestations spontanées de gratitude se sont déroulées dans les rues des plus grandes villes de l’archipel. Des processions religieuses ont été observées partout, et le gouvernement a évoqué la possibilité de transformer le site de la centrale en un temple gigantesque à la gloire des esprits de la nature. Inutile de préciser que les japonais comptent sur leurs petites divinités protectrices pour réparer les dégâts des derniers jours sur les plantes et forêts de l’île.

En attendant, des rumeurs circulent sur internet au sujet de la présence d’un cliché non présenté en conférence de presse, sur lequel une caméra de surveillance aurait capté l’image floue d’une silhouette humaine nageant dans l’eau toxique des réacteurs. Le débat sur l’existence des yokais n’est pas prêt de s’arrêter.