Créateurs OnlyFans et MYM : ce que le fisc sait déjà sur vos revenus
Plus de 70 000 créateurs français sont actifs sur OnlyFans ou MYM, et beaucoup ignorent encore l’étendue de leurs obligations fiscales. Depuis 2023, la directive européenne DAC7 oblige les plateformes à transmettre automatiquement les données de revenus aux administrations fiscales nationales. Concrètement, le fisc français reçoit ces informations sans que vous ayez à faire quoi que ce soit, et la marge d’oubli se réduit à zéro.
Des obligations fiscales précises, dès le premier euro
Tout revenu issu d’OnlyFans ou de MYM est imposable, quelle que soit la somme. L’article 170 du Code général des impôts ne prévoit aucune exception pour les plateformes numériques. Dès que l’activité devient régulière, l’URSSAF peut requalifier rétroactivement vos publications en activité professionnelle et réclamer cotisations et pénalités sur plusieurs années.
Le statut de micro-entrepreneur en Bénéfices Non Commerciaux (BNC) est le plus courant pour les créateurs. Le seuil de chiffre d’affaires en 2026 s’établit à 83 600 € annuels, avec un taux de cotisations sociales de 25,6 % appliqué sur le CA brut. C’est précisément là que se glisse l’erreur la plus fréquente : déclarer le montant net reçu après commission plateforme, et non la somme brute payée par l’abonné. Si un fan règle 100 €, la plateforme en prélève 20 et reverse 80, mais c’est bien 100 € qu’il faut déclarer à l’URSSAF.
La TVA ajoute une couche de complexité souvent ignorée. OnlyFans, société britannique, est qualifiée de « fournisseur présumé » depuis un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne en 2023 : la plateforme collecte et reverse elle-même la TVA, et le créateur ne facture rien directement aux abonnés. MYM, plateforme française, fonctionne différemment. Au-delà de 37 500 € de CA annuel en 2026, le créateur doit facturer la TVA à la plateforme et la reverser à l’État, ce qui suppose de paramétrer son compte en conséquence. Deux plateformes, deux régimes : un cabinet généraliste ne fait pas toujours la distinction.
Les risques concrets d’un contrôle fiscal
Un redressement peut porter sur trois ans, six ans en cas de fraude avérée, et jusqu’à dix ans pour activité occulte. Les majorations vont de 10 % pour une simple négligence à 80 % si l’administration caractérise des manœuvres frauduleuses. À cela s’ajoutent les intérêts de retard (2,4 % par an) et les cotisations URSSAF rappelées. Pour les situations les plus sérieuses, le dossier peut être transmis au parquet.
L’administration dispose d’un outil supplémentaire : l’Examen Contradictoire de Situation Fiscale Personnelle, qui compare les revenus déclarés avec le train de vie réel, en s’appuyant notamment sur les publications publiques des réseaux sociaux. Un voyage affiché sur Instagram, une acquisition immobilière ou des dépenses bancaires inhabituelles peuvent déclencher une procédure. Pour contacter cet expert comptable spécialisé dans la gestion des créateurs de contenu, les enjeux sont bien identifiés : anonymat dans les documents comptables, traitement correct du CA brut, gestion de la TVA internationale et choix du statut juridique adapté.
Il existe aussi un risque bancaire à ne pas sous-estimer. Certaines banques traditionnelles ferment les comptes liés à des activités de divertissement adulte, détectées par leurs algorithmes de conformité. Séparer les flux professionnels des finances personnelles, avec un compte dédié, reste une précaution de base.
Choisir le bon statut avant que la question ne se pose d’elle-même
Micro-entreprise ou société ? La réponse dépend du niveau de revenus et des projets à moyen terme. En dessous de 83 600 € de CA annuel, la micro-entreprise reste accessible et lisible. Au-delà, ou dès que des frais professionnels significatifs entrent en jeu (matériel audiovisuel, studio, logiciels, frais d’agence), une SASU ou une EURL permet de déduire les charges réelles et d’accéder à un taux d’imposition sur les sociétés de 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice. Certains créateurs utilisent également ces structures pour préparer un investissement immobilier ou constituer une holding.
La question du statut mérite d’être posée tôt, avant que les revenus ne s’accumulent sans cadre. Un audit réalisé avec un professionnel connaissant les spécificités des plateformes de contenu permet souvent d’éviter des régularisations coûteuses. Pour les créateurs installés en France, c’est rarement une démarche à remettre au lendemain.

